Le livre : Toutes les plantes pour sols calcaires

est censé remonter le moral du jardinier qui découvre que le joli rhododendron en promotion dans la grande surface de jardinage voisine ne sera jamais sien sauf à changer la terre, l'eau (et peut être l'air) qui va entourer l'élu de son cœur jardinier.

"Sans Rhodo, point de bonheur" .

Notre jardinier a songé un temps migrer au Bhoutan ou mieux au Yunnan où les salaires chinois semblent plus proches de ses normes.

'Toutes les plantes pour sols calcaires' 

( de Dominique Brochet aux éditions Ulmer)

...   va lui faire découvrir que :

1/ son cas, non seulement n'est pas désespéré mais semble enviable et que seul un gigantesque complot ou maxi fake-news pourrait expliquer l'ignorance du fait que les terres les plus fertiles de France sont parmi les plus calcaires, en Champagne et en Picardie notamment.

2/ son terrain est jeune, fertile, de tempérament marqué et non un sol lessivé, quasi sénile, bon à accueillir le fameux rhodo.

3/ que la majorité des hots spots européens de biodiversité est située dans les montagnes calcaires autour de la Méditerranée.

4/ que les terrains calcaires constituent des sols drainants mais gardant aussi de la  fraîcheur. (les caves de Champagne)

/ .... etc....

Quelques notions tirées du livre et soumises à autorisation avant utilisation publique :

                   Calcium, calcaire, carbonate de calcium ... « calcicools »

1/ Ca ++ a pour propriété notamment, d’attirer ou d’être attiré, logiquement, par les particules négatives : argile, humus (et complexe Fer- Silice) qui sont le ciment de la structure du sol : les colloïdes, le blanc d’œuf en cuisine.

 

2/ Sans calcium, ces particules colloïdales sont libres de migrer, sous l’effet des pluies et de leur masse importante (en tout cas plus que le calcium) au fond des sols et deviennent insuffisants en surface. Le calcium retient ces particules près des racines et permet de conserver une structure homogène au sol tout en, notamment parce que le calcium est peu gourmand en eau, assurant un bon drainage aux racines des plantes.

 

3/ Les pluies toujours un peu acides (CO² dissous)  attaquent le calcaire et baisse le PH. L’activité biologique secrète aussi des acides participant en fait de la même logique que les activités humaines ou industrielles. Au contraire, les roches libèrent majoritairement des charges positives : Ca ++, Mg ++, Na +, Fe ++, Al+++  Tout s’équilibre.

 

4/ Alors que les plantes calcicoles ou calcitolérantes émettent des substances chélatantes (sidérophores) mobilisant Fer et Magnésium,

les calcifuges, en sont plus ou moins incapables.

 

5 / LES   RECALCITRANTES : La plupart des éricacées et même de l’ordre des éricales : les clethracées, épacridacées,  cyrillacées et empétracées ( polémoniacées et primulacées en exception ) et aussi les mysinacées et styracacées voisines, les théacées ( Camelia), les myricacées, protéacées, eucryphiacées, nyssacées, la majeure partie des hamamélidacées et des magnoliacées...

C'est à dire en résumé :

les Rhododendrons, Camélias et Magnolias.

                   Les pays d’origine de la plupart de ces plantes calcifuges :

sont le Japon, la Nouvelle Zélande et la Tasmanie, le Nord Est américain et la partie centre et est de l’Himalaya - par absence de bassin sédimentaire.

                                         

Il y a évidemment quelques exceptions dans chaque famille ou genre : Arbutus unedo en climat doux, Rhododendron hirsutum dans nos Alpes mais aussi R. heliolepis, R. neriifolium, R. ponticum, R. souliei et Erica carnea ou E. darleyensis pour les éricacées, Magnolia kobu ou M. grandiflora, Camelia nitidissima peu rustique et certains C. sasanqua. 

 

6/ Calcicoles ou calcifuges ?

Comment expliquer la différence entre des familles composées de calcifuges telles que les éricacées ou les hamamélidacées et celles de grandes calcitolérantes, ou même calcicoles s’il y a lieu, comme les oléacées ou les lamiacées par exemple.

Comment expliquer leur différence de tolérance vis à vis du calcaire et plus précisément les phénomènes de vicariance et leurs différents processus d’adaptation entre deux espèces ou sous espèces proches telles que Gentiana acaulis et G. clusii  ou Pulsatilla alpina et ses deux sous espèces alpina et sulfurea ou même la vicariance ou la bimodalité de Molinia coerulea ?

Quels rôles jouent les sidérophores ?

Quelles autres substances, quelles informations favorisent ou contrarient les échanges entre racines et substrats ?

Les microorganismes du sol ne sont-ils pas finalement aussi actifs que les composants des cellules des poils absorbants ? (permaculture)

 

7/ Chélats ? Sidérophores ?

Les chélats sont des complexes organométalliques stables où un ion métallique (Fe, Zn, Ca, Mg …) est comme emprisonné (Kéla de chêlé : pince en grec) dans un chélateur organique telles que les acides humiques, l’acide citrique ou les polyphosphates. Il existe des chélateurs de synthèse à action plus ou moins en phase avec les végétaux : EDDHA (Ferosol, séquestrène).

 

8/ Le fer, cher à Popeye,est un indispensable élément de la chlorophylle et de la photosynthèse.

- En doses usuelles de chélation, le fer peut rester disponible à des pH élevés (> 8)

- Sans chélat, il précipite à partir de pH 5.2 et donc au-dessus come pour Popeye, l'anémie guette!

Cette chélation peut aussi faciliter le transport et l’absorption d’un élément par la plante, le chélateur devenant ainsi un transporteur et  permet detraverser la membrane (plasmalemme) pour être diffusé dans les racines.

Chez les graminées, la racine excrète elle-même ces chélateurs ;

des sidérophores

 tels que l’acide muginéique de l’orge ou avénique de l’avoine qui vont permettre l’absorption du fer.

Le Calcium est indispensable aux végétaux supérieurs, c’est lui qui neutralise les acides pectiques présents dans la paroi végétale.

En absence de Ca, les tissus ont tendance à se désorganiser. Le calcium diminue ainsi la perméabilité cellulaire, freinant la pénétration de l’eau et de la plupart des ions (fer, potassium…) et diminuant leur possible toxicité.

 

8/ A l’inverse, quand il s’agit d’éléments peu présents mais nécessaires, le calcium augmente les risques de carences.

La plus spectaculaire est la carence en fer dite

carence calcique ou carence ferrique, présente chez les plantes calcifuges.

Ces carences en fer sont fréquentes et provoquées par des valeurs trop élevées du pH ou/et des doses fortes de calcaire.

Les plantes calcifuges (bruyères, rhododendrons, camellias)

vivent normalement dans un milieu pauvre en Ca (pas de bassin sédimentaire, climat humide ) et fixent en terrain calcaire, des masses importantes de calcium, ce qui les intoxique.

 

9/ Voici les principales régions calcaires de France 

en sachant que le crétacé supérieur surtout puis le jurassique moyen et supérieur sont les couches les plus calcaires puis viennent le crétacé inférieur, le jurassique inférieur et le tertiaire ancien à doses moins soutenues :                  

Du nord au sud et d’Ouest en Est : L’Artois ( Arras et Lens), la Picardie ( Amiens), la Haute Normandie et le pays de Caux, l’est de la Normandie ( Dreux, Chartres), le Pays d’Auge, le Perche, une grande partie de la Touraine et du Maine, la Champagne berrichonne avec Bourges, une partie du Poitou et Poitiers, le Saintonge et l’Angoumois (Angoulême), les plateaux du Périgord et Périgueux, les Causses à l’ouest des Cévennes, le Quercy et Cahors puis à l’Est : les gorges du Verdon, les Préalpes, la Franche Comté et Besançon, le Nord de la Bourgogne, le Plateau de langres, l’Ouest de la Lorraine et enfin la Champagne de Rethel à Troyes via Reims et Chalons .

Au contraire : des sols siliceux  des Ardennes, Vosges, Corse, Maures, Estérel, hauts massifs des Alpes et Pyrénées, Landes, Sologne et Bretagne et basalte du Massif Central .

Restent mixtes : la Vallée du Rhin, de la Saône, du Rhône et de la Garonne, une partie de l’Ile de France et de la vallée de la Loire.

 

10/ Et la vicariance ?

Voici quelques genres à calcitolérance variable suivant les espèces :

Des ligneux : Acer, Cistus, Cytisus, Ilex, Lavandula, Quercus, Spiraea ...

Des herbacées : Dianthus, Gentiana, Saxifraga...

 

              Pour mieux comprendre l’adaptation, une comparaison :

Les poissons marins s'adaptent en refoulant l'excès de sels minéraux et en conservant l'eau.

Au contraire, les poissons d'eau douce conservent un taux minimum de sels minéraux et renvoient de l'eau. La filtration, le stockage puis l'excrétion de ces sels minéraux représentent donc le processus d'adaptation. On notera que chez les poissons, certains peuvent, en fonction de leurs migrations liées à la reproduction, changer de comportement dans une adaptation temporaire à l'eau douce pour Saumons et truites de mer ou dans l'autre sens pour les anguilles.

La fougère aigle, croissant en milieu acide nécessite une levée des graines en milieu alcalin.

La vicariance :

une espèce végétale peut dans l'obligation de s’adapter à un terrain calcaire devenir au minimum une sous espèce un peu différente physiologiquement parlant pour finir par obtenir une espèce nouvelle. Le cas des saxifrages ou des gentianes dites acaule s avec Gentiana clusiana plutôt calcicoles et Gentiana kochiana plutôt acidophiles est bien connu avec d'ailleurs des hybrides, aux tempéraments hybrides également.

Vicariance : Espèces voisines issu d’un même genre, adaptées à des sols opposés :

Tiré de Ruffier Lanche de l’Institut alpin du Lautaret

Achillea atrata, Ac. clavennae

Achillea nana, Ac. moschata

Adenostyles leucophylla

Adenostyles glabra

Anemone a. subsp. alpina, An. halleri,                   An. montana, An. pulsatilla,          

Anemone a. subsp apiifolia, An. vernalis

Androsace chamaejasme, An. helvetica,                 An. lactea, An. villosa

Androsace alpina, An. obtusifolia

Arenaria ciliata

Arenaria biflora

Asplenium viride

Asplenium septentrionale

Athamantha cretensis

Meum athamanticum

Campanula cenisia, Ca. spicata

Campanula barbata, Ca. thyrsoides

Carex australpina, C. curvula, C. firma,                 Carex humilis, C. ornithopoda,

Carex brunnescens, C. lachenalii

Cerastium latifolium

Cerastium uniflorum, Ce. pedunculatum

Doronicum grandiflorum

Doronicum clusii

Draba aizoides

Draba dubia

Erica carnea

Erica tetralix

Erigeron neglectus

Erigeron schleicheri

Festuca rubra

Festuca halleri

Hornungia alpina subsp. alpina (Hutchinsia)

Hornungia alpina subsp. brevicaulis

Gentiana angustifolia, Ge. clusii, Ge. cruciata, Ge. ligustica, Ge. lutea, Ge. occidentalis

Gentiana acaulis, Ge. alpina, Ge. brachyphylla,   Ge. punctata, Ge. purpurea

Gnaphalium hoppeanum

Gnaphalium norvegicum, Gn. supinum

Hieracium amplexicaule, Hi. humile

Hieracium intybaceum

Leucanthemopsis alpina

Leucanthemum atratum

Minuartia verna, Mi. rupestris

Minuartia recurva

Noccaea rotundifolia (Thlaspi)

Noccaea corymbosa

Pedicularis ascendens, Pe. comosa,                       Pe. gyroflexa, Pe. cenisia,

Pedicularis tuberosa, Pe. kerneri

Phyteuma charmelii

Phyteuma globulariifolium, Ph. hemisphaericum

Potentilla caulescens, Po. Crantzii, Po. incana, Po. Cinerea,

Potentilla argentea, Po. Aurea, Po. grammopetala

Primula auricula, Pr. minima, Pr. palinuri

Primula pedemontana, Pr. hirsuta

Rhododendron hirsutum

Rhododendron ferrugineum

Rumex scuttatus

Rumex acetosellus

Saponaria ocymoides

Saponaria lutea

Saxifraga biflora, Sa. longifolia, Sa. moschata, Sa. paniculata, Sa. androsacea

Saxifraga exarrata, Sa. aspera, Sa. bryoides, Sa. cotyledon

Scorzoneroides montana (Leontodon)

Scorzoneroides helvetica

Silene acaulis subsp longiscapa, Si. vallesia

Silene acaulis subsp exscapa, Si. rupestris

Soldanella alpina, So. minima

Sodanella pusilla

Tephroseris   capitatus (Senecio)

Jacobea uniflora

Valeriana montana, Va. saliunca

Valeriana celtica

 

 Les grandes familles horticoles et genres ligneux phares :

Oléacées : Fraxinus, Syringa, Olea, Ligustrum, Euonymus, Phillyrea, Forsythia, Fontanesia, Foresteria, Jasminum,  Abeliophyllum, Osmanthus (majorité), …

Lamiacées et verbénacées voisines : Lavandula (presque toutes), Rosmarinus, Perovskia,Vitex , Callicarpa, Clerodendron, Salvia, Caryopteris …

Caprifoliacées et ou adoxacées : Lonicera, Viburnum (majorité), Sambucus, Symphoricarpos, Kolwitzia, Abelia…

Fabacées : La grande majorité des : Cercis, Caragana, Colutea, Amorpha, Lespedeza, Indigofera,  Genista, Cytisus et Chamaecytisus, Lembotropis Calophaca …

Rosacées : La plupart des Prunus, Malus, Rosa, Spiraea (excepté US), Pyrus, Cotoneaster,Sorbus, Sorbaria, Physocarpus, Chamaebattaria, Sibiraea, Rhodotypos, Kerria …

Moracées ; Brousonetia, Morus, Ficus, Maclura….

Anacardiacées : Rhus, Cotinus, Toxicodendron.

Cornacées : Cornus (majorité except US)

Eleagnacées : Hippophae, Eleagnus.

Berberidacées : Berberis, une partie des Mahonia

Buxacées : Buxus, Sarcococca

Tamaricacées : Tamarix et Myricaria

... Buddleia, Ceanothus, Philadelphus, Fuchsia, beaucoup de cistes, des conifères…des bambous…

Régions à sols carbonatés et climats « voisins » de celui du NE de la France :

1/ Europe :

Pourtour du Bassin Parisien et Bassin Londonien.

Préalpes du Nord, Pré Pyrénées et Bassin Aquitain.

Côtes orientale et occidentale ibériques.

Côte dalmate, les Pouilles en face et côte sud méditerranéenne de l’Italie.

Ouest de la Volga.

2/ Afrique :

Moitié du Maghreb.

Est Ethiopie

3/ Asie :

Montagnes du Liban.

Massifs périphériques Caucasiens.

Nord de l’Iran et de l’Afghanistan.

Centre du Tibet.

Montagnes occidentales de Birmanie.

Nan Chan oriental et le Chen Si.

Grand Khingan : est de la Mongolie intérieure.

La région NO Pacifique : chaîne de Sikkhote, basse vallée de l’Amour, côte de la mer d’Okhotz et montagnes de la Kolyma.

4/ Océanie :

Les plaines de l’est australien.

5/ Amérique :

L’est des rocheuses.

La cordillère andine hormis les massifs cristallins d’altitude.

Les Serra du Mato Grosso Brésilien et la Serra de Cachimbo plus au nord.

 

      Plantons la bonne plante au bon endroit !

Tolérons et comprenons les  besoins des plantes.

          Soyons calcicools !


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