La passion des plantes de jardins et de la montagne

ont amené naturellement Dominique Brochet à effectuer, dans la fin des années 70, ses premiers stages d'études supérieures horticoles en région Rhône Alpes et notamment au jardin alpin de la Jaÿsinia à Samoëns, dans le Chablais à l'ouest de Chamonix.

Quatre décennies plus tard, Dominique Brochet devint, trois ans durant, le président de la SAJA

( Société des Amateurs de Jardins Alpins)

liée en partie au Museum d'Histoire Naturelle de Paris.

Voici par exemple une conférence tirée d'un court séjour en Haute Corse, appelé :

"la Corse , la beauté à tous les étages".

https://youtu.be/unwmjPlTHmY

le Haut Tour de Savoie publié aux Editions Gap

    

Fin des années 50,Dominique Brochet effectuait ses premiers pas dans le Haut Val d’Arly.

Deux décennies conclues par des études supérieures horticoles passent. La démarche de ce champenois devient botanique au jardin alpin de la Jäysinia à Samoens (74). Quatre décennies plus tard, il relie à pied, avec son épouse, les 4 jardins alpins des Alpes françaises : Samoens et la Jaÿsinia dans le Chablais-Faucigny, la Chanousia au col du petit St Bernard, puis le jardin du col du Mt Cenis et enfin le jardin du Col du Lautaret entre Isère et Hautes Alpes.

Le plaisir d’être dans ses milieux d’altitude est celui de l’intégration à ce milieu exigeant, qu’on soit autochtone ou de passage. La flore, la faune n’y échappent pas. Ressentent-elles ce plaisir ?

Qu’importe, le succès de son adaptation est sensible et partagé.

Dès lors, cet effort devient beauté et les plaisirs du sportif, du corps sont étroitement imbriqués avec ceux de la contemplation et de la connaissance.

Cette double posture, sportive et scientifique amenait à un autre projet purement savoyard :

Un Grand Trek tout autour de la Savoie :

Ce projet présente le long parcours au-dessus de 2000 m, c’est-à-dire au-dessus des habitations des hommes ; une haute route en boucle depuis Albertville jusqu’à deux pas de la confluence de l’Arc et de l’Isère. Un circuit difficilement bouclable en une seule période et que notre couple de jardiniers-botanistes-randonneurs ont tissé patiemment au cours des années.

C’est donc le tour de la Savoie qui est la toile de fond de ce livre et de vos balades ; 26 si vous réalisiez le même parcours mais en fait au moins le double puisque que chacune des étapes de nos deux randonneurs ont engendré une proposition de circuit effectuable dans la journée ; passages inusités, lieux d’exotisme et de différenciation et pourtant de contacts millénaires aux frontières italiennes, longues étapes de près de 2000 m de dénivelée ou randonnées familiales plus douces.

Loin de sorties de botanistes courbés sur le terrain, notre jardinier alpin a capté dans son appareil photo les composantes botaniques les plus spectaculaires ( les 100 plus belles ?) mais aussi de quoi comprendre jour après jour quelques notions plus générales. Chacun y trouvera son compte ; le randonneur en évoluant dans un sens ou un autre au gré de ses ambitions, de la montagne et de ses conditions et l’amoureux des fleurs par ces clins d’œil botaniques montrant à chaque étape la beauté de l’alpe, la diversité qui la nourrit et qui nous relie à elle.

le Haut Tour de Savoie

Accueilli avec beaucoup d'intérêt au festival international du livre de montagne à Passy en 2024.

Introduction :      Pourquoi ce haut tour de Savoie ?

C’est en voyant une carte de Savoie en relief que l’idée de ce périple nous est apparue.

Ce n’est d’ailleurs pas tant les montagnes que les deux grandes rivières qu’elles irriguent qui déterminent assez fortement le contour du département savoyard.

Elles, l’Arc et l’Isère, prennent leurs sources de part et d’autre du col de l’Iseran pour se rejoindre en dessous d’Albertville donnant à cette entre-deux rivières, la Vanoise, une forme, assez ramassée, de poule couvant un œuf qui serait le lac du Mt Cenis. Les plumes de queue serait la Haute Maurienne. Le massif de la Lauzière ferait figure de tête, séparé par les deux profondes vallées 1500 m. plus bas que l’étage alpin.

Désirant rester constamment au-dessus des forêts (2000m environ), ce beau massif de la Lauzière devenait donc hors sujet puisque nécessitant de descendre en bas dans les vallées de l’Isère ou de l’Arc. Cela mettra du baume au cœur de l’autre massif savoyard excentré par rapport à notre projet : les Bauges dont les plus hauts sommets accrochent tout juste l’étage alpin.

 

Les étages :

S’extirper de la vallée, c’est quitter les grandes cultures, les villes et l’ensemble de la population d’un pays, en tout cas en Europe.

L’étage collinéen fait penser à ces paysages des montagnes méditerranéennes où vignes, vergers, champs de tailles diverses entourent un village.

L’étage supérieur est celui des forêts, qualifié de montagnard. Ces forêts perdent des hectares dues aux activités humaines et en gagnent d’autres par abandon du pâturage. Les spécialistes nous disent qu’en France, elles se développent par déprise agricole et réchauffement climatique montagnard.

 

Cet étage sans forêts serait-il en sursis ? C’est au-dessus que nous voulons user nos chaussures, nourrir notre curiosité et pourquoi témoigner. Fréquentant ces espaces d’altitude depuis près de 50 ans, nous avons constaté comme tout le monde l’obsolescence de certaines des cartes de l’époque quant à la taille ou même à la disparition de certains glaciers. Exemples au col du Breuil au-dessus de la Thuile val d’Aoste ou à l’Aiguille Pers sur l’Iseran.

 

L’étage subalpin est une sorte de zone de combat entre la forêt en dessous et les pelouses alpines, situées au-dessus. Ces dernières sont constituées de petits végétaux essentiellement herbacés : les plantes alpines.

On croise dans l’étage subalpin, sur une assez étroite bande, des plantes de taille intermédiaire : Rhododendron, aulne vert, grands végétaux de mégaphorbiaie…

Puis l’étage alpin, la zone du trek par excellence chapeautée par la zone des alpinistes, l’étage nival où la neige oblige et permet à la fois la vie de ses occupants, microorganismes des sols, flore, faune, humains…

 

Ce trek savoyard va nous faire jouer au yoyo entre ces 3 étages supérieurs, satisfaisant notre curiosité de ces hautes contrées par la découverte de la flore, des paysages et notamment des passages, pour nous au moins aussi importants que les sommets. Nous allons donc oublier les choses d’en bas mais n’est-ce pas le but de chacun d’entre nous quand on monte là-haut ?

 

Ce grand tour nous laissera des souvenirs contrastés en termes de paysages et de climats.

Le Beaufortain est vert et boisé ; au-dessus de ces forêts, l’élevage bovin est roi et a engendré le prince des gruyères, le beaufort dont l’air de rien, notre périple fait le tour de l’appellation. La haute Tarentaise puis la haute Maurienne nous laisseront des souvenirs très différents. Que dire par la suite des massifs des Cerces et surtout des Arves au profil lunaire ? et de Belledonne la sauvage ?

La Savoie semble s’étaler sur plusieurs pays ; ce fut l’une des belles surprises de cette itinérance.

 

Les étapes ; leur durée.

Dans les informations pratiques figurent la durée de l’étape.

Nous n’avons pas lutté contre le temps mais l’avons utilisé en mode randonneur passe-partout et parfois dans le cadre d’une découverte complète d’un secteur pour nous.

Les réservations étaient pratiquées souvent l’avant-veille, ce qui nous a permis de nous adapter et de changer au moins une fois de circuit et parfois de refuges sans trop de problèmes.

Nous avons enregistré la durée des étapes en partant du premier pas et en fermant le compteur au dernier pas d’Edith ; arrêts dont pique-nique (en autonomie) compris. De 8 à 18h fut donc la moyenne de notre journée.

A part les 2 heures nécessaires pour s’extirper des ravines avant le refuge de la Coire, peu de temps fut perdu et les horaires coïncident avec ceux des topos en cours. Les moyennes étant de 10h, aller moins vite demanderait de fractionner certaines étapes.

Par contre en mode léger Ultra trailer, on peut diviser par deux les temps ou doubler les étapes pour pratiquer des étapes de 30 à 35 km et 3 km de dénivelé soit l’équivalent d’un marathon par jour. A réserver à une élite sportive et peu au curieux dont le botaniste et possible photographe qui ne pourra, du coup, œuvrer qu’autour des refuges, soit très tôt, soit très tard.

Côté sportif, quelques sommets cotés F en alpinisme ont été accrochés, ne serait-ce que pour bénéficier de la sensation de notre progression. Ils ont donc nécessité le matériel d’usage.

Ce tour, étalé sur plusieurs périodes, ne serait-ce qu’à cause de la météo, est celui de deux sexagénaires chargés rando & glaciers + souvent le pique-nique pour plusieurs jours.

 

Les chiffres approximatifs : 380 km, 33 km de dénivelé positif et 26 jours.

 

A comparer aux deux semaines du GR 20 corse avec ses 200 km et 17 km de dénivelé pour 14 jours.

Ou encore au GR 54 des Ecrins considéré comme le plus relevé (L : 175 km, D : 12 km pour 12 jours)

Ou beaucoup plus long avec la traversée des Pyrénées : le GR 10 (L : 880km, D : 50 km pour 55 jours).

Ou encore, mais en beaucoup plus rapide, avec la Petite Trotte à Léon (PTL) depuis Chamonix : (L : 290 km, D : 26 km pour 150 heures).

La culture des plantes alpines chez Brochet lanvin:

Le thème de fin d'études "l'adaptation des ligneux en milieu montagnard" fut un des piliers de la philosophie des pépinières Brochet Lanvin.

Quelques années plus tard, le jeune couple Brochet Lanvin tenta de s'installer en Haute Savoie.                                                                 

C'est en fait en Champagne, en montagne de Reims que se développa la culture des saxifrages dont voici un classement simplifié et concernant les groupes ( sections)  les plus cultivés :

1. Les 5 sections de saxifrages les plus couramment cultivées :

  

Le genre Saxifraga et ses nombreuses espèces (300 à 480) sont répartis dans tout l’hémisphère Nord, en zones arctique et tempérée jusqu’en Thaïlande, Chine, Himalaya, Iran, Ethiopie, Maroc et Madère et jusqu’en Terre de feu à travers les Rocheuses et les Andes. Elles (genre féminin comme les androsaces ou les primevères ; autres grands genres alpins) aiment tous une ambiance fraîche, au moins à un moment de la journée et un sol non asphyxiant même quand certains ont les pieds dans l’eau au bord d’un torrent hyper oxygéné pendant quelques semaines de l’année.

Elles sont intéressantes -pour le jardinier non spécialiste, dans cinq de ses sections :

 

1/ La section porphyrion :

Les kabschia,   Saxifraga x irvingii 'Jenkinsae'

les Saxifraga engleria (à feuille aplatie) Saxifraga 'Wisley'

et Saxifraga oppositifolia.

Origine : Alpes, Pyrénées, Balkans, Caucase, Himalaya.

De vraies plantes de montagnes : elles croissent de 2500 m à 5000 m, dans des endroits dégagés sans ombrage excessif mais sans chaleur extrême. Le besoin de fraicheur en végétation et donc au printemps alpin est important. Ce printemps suit la fonte nivale et peut être fin juillet à 2500m ou fin décembre suite à un réchauffement en plein hiver en plaine où cette floraison peut donc être très précoce.

Le besoin de drainage en hiver est tout aussi important. Sous la neige, tout est atténué ; humidité et sécheresse, froid et chaud.

La plupart tolère le calcaire, l’himalayen S. lilacina non.

 

2/ La section ligulatae :

Les saxifrages à incrustations (calcaires). Saxifraga paniculata 'Cream'

Origine : l’Europe.

Ce sont des plantes évidemment (sauf S. cotyledon !) bien adaptées aux sols calcaires et aux amplitudes thermiques et hygrométriques fortes. S.paniculata (ancien aizoon) est la plus rencontrée.

Les floraisons sont moins précoces que les kaschias et en général blanches.

 

3/ La section gymnopera (ancien robertsoniana)

Les « désespoirs du peintre » hors, Heuchera un autre genre pas très éloigné.

Origine : ibérique essentiellement avec S. umbrosa et l’hybride plus courant S. x urbium    Saxifraga urbium 'Clarence Elliott'

S. cuneifolia croit plus largement dans les Alpes.

Elles ont besoin de zone ombragée mais supportent le plein soleil si l’endroit est frais.

La terre peut être sèche quelque temps si l’endroit est ombragé au nord de la Loire.

Elles supportent indifféremment terre acide ou calcaire.

 

4/ Le section cotylea (ancien diptera)

Saxifrages couvre-sol

Origine : Extrême Orient et Europe

Ces saxifrages comme S. stolonifera var cuscutiformis (Mother of Thousands) 

ou S. cortusifolia de Chine et du Japon ou l’européen S. rotundifolia apprécient les terres humifères et les endroits ombragés.

 

5/ La section saxifraga (ancien dactyloides) sous-section triplinervum.

Saxifrages mousse

Origine : Europe.

Elles apprécient l’ombre et sont indifférentes au sol bien que le préférant humifère.

Séries des cespitosae : S. rosacea (S. decipiens) ou S. x arendsii

Séries des ceratophyllae comme S. trifurcata (ibérique).

 

              

 

2. La Haute vallée de l'Ardre et son climat frais permit d'adapter ces belles orophytes.

C'est aussi dans le Chablais à 1000m. dans un climat encore plus propice que sont conservées ces bijoux d'altitude.

Les voyages et périples dans tout l'arc alpin et les Pyrénées puis plus loin dans les Alpes Dinariques, la Sierra Nevada espagnol et jusque dans le Tian Shan kirghize ont permis de lier la pratique aux connaissance livresques et d'en partager le fruit, par des conférences notamment.

La SAJA (Société des amateurs de Jardins Alpins) permit aussi de progresser et c'est aussi presque naturellement que près de 40 ans plus tard, Dominique Brochet fut invité à présider cette société fondée il y a plus de 65 ans par Roger de Vilmorin et des botanistes alpins.

C'est à d'autres que reviennent maintenant cette tâche.

3. Le trek reliant les jardins alpins des Alpes françaises :

Ce long périple en altitude entre la Jäysinia à Samoëns, la Chanousia au Col du Petit St Bernard, le jardin alpin du Col du Mont Cenis et enfin celui du Col du Lautaret fut une sorte d'aboutissement mêlant engagement physique et amour de la flore et des paysages alpins.

Un livre est en préparation sur ce long parcours en montagne.

Les deux épisodes parues dans balades-randos en 2015 en donnent un avant goût ainsi que des conférences qui peuvent être proposées à des sociétés horticoles ou botaniques, des clubs de randonneurs ou tout simplement des curieux de nature.


Réalisation Rhonalpcom